Reflets de l'Arc n°363

Chère Europe, où vas-tu ?

Mon père m’a avoué un jour que, s’il avait vu passer dans la rue un soldat allemand, il l’aurait tué. Il avait alors 18 ans et vivait dans un déchaînement de violence qui a fait de la Seconde Guerre mondiale la période la plus cruelle de toute l’histoire de l’humanité. Mais des hommes et des femmes de foi se sont levés et ont dit : "Plus jamais cela !" Nous avons atteint aujourd’hui un nouveau record, celui du temps de paix le plus long des derniers siècles. Il est bon de nous en souvenir en cette période historique d’élections.
Je n’ajouterai pas un commentaire à tous ceux que nous diffusent aujourd’hui les médias. Mais je veux me faire ici l’écho de la parole du pape François dans son discours aux chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne à l’occasion du 60e anniversaire du traité de Rome, le 24 mars dernier.
 
L’Europe a une âme, et son âme demeure unie parce qu’elle vit selon les mêmes vertus – je préfère ce mot à celui de valeur – chrétiennes et humaines, et qu’elle s’est éloignée des idéologies qui l’ont divisée et ravagée. Je cite : "Dans notre monde multiculturel ces valeurs continueront à trouver plein droit de cité si elles savent maintenir leur lien vital avec la racine qui les a fait naître. Dans la fécondité d’un tel lien se trouve la possibilité de construire des sociétés authentiquement laïques, exemptes d’oppositions idéologiques".
 
L’Europe est une vie. Comme toute vie, elle est fragile et peut être tuée. Le risque pour cette vie, c’est l’égoïsme. "Le premier élément de la vitalité européenne est la solidarité". Que l’Europe se fasse la voix des pauvres, la voix de tous ceux qui souffrent des dérives libérales de la mondialisation. Je cite : "L’Europe n’est pas un ensemble de règles à observer, elle n’est pas un ensemble de protocoles et de procédures à suivre. Elle est une vie, une manière de concevoir l’homme à partir de sa dignité transcendante et inaliénable".
 
L’Europe est un chemin d’espérance. Je cite : "L’Europe retrouve l’espérance lorsqu’elle ne s’enferme pas dans la peur et dans de fausses sécurités… ; lorsqu’elle investit dans le développement et la paix ; lorsqu’elle investit dans la famille qui est la première et fondamentale cellule de la société". Le matérialisme "semble lui avoir rogné les ailes…" J’ose dire avec le pape François que "l’Europe a un patrimoine d’idéaux et de spiritualité unique au monde qui mérite d’être proposé à nouveau avec passion…, meilleur antidote contre le vide de valeurs de notre temps". Ce vide, ajoute-t-il, est "le terrain fertile pour toute forme d’extrémisme".

J’aime la France. La France dans une Europe des nations. Avec ferveur, je prie pour mon pays. Avec passion, je vous invite à prier pour la France, à l’édifier et à raviver son âme.


+ Christophe DUFOUR
Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Reflets de l'Arc n°362

Élections présidentielles : à l’issue du résultat du premier tour des élections présidentielles, la conférence des évêques de France redit le rôle de l’Eglise et rappelle ses fondamentaux :

 
 (…) A la lumière de l’Evangile qui inspire son Enseignement social, l’Eglise catholique veut éclairer les consciences en donnant des éléments pour le discernement. Ainsi, n’appelle-t-elle pas à voter pour l’un ou l’autre candidat mais, en rappelant les enjeux de l’élection, elle souhaite donner à chacun des éléments pour son discernement propre. Elle redit l’importance du vote : acte citoyen, acte responsable dans une démocratie.

(…) Quelle société voulons-nous construire ? (…) Nous croyons en une société où l’être humain est plus qu’un élément du processus économique ou technologique. La dignité de notre société se reconnait au respect des plus faibles de ses membres depuis le début de leur vie jusqu’à leur fin naturelle.
C’est par un véritable pacte éducatif que les familles et l’école se rapprocheront alors qu’un climat de concurrence ou de méfiance ne peut que les éloigner. Et c’est en soutenant la famille, tissu nourricier de la société, en respectant les liens de filiation, que l’on fera progresser la cohésion sociale.
Une société vivante repose nécessairement sur la recherche du bien commun et la mise en œuvre de moyens de solidarité efficaces. L’État doit intégrer la solidarité dans la construction du projet de société et mettre en œuvre concrètement sa préoccupation des plus pauvres, des personnes âgées, des personnes handicapées, des chômeurs. Négliger les plus fragiles revient à diviser la société. L’Etat doit donc gérer positivement la tension entre un libéralisme sans contrôle et la sauvegarde des mécanismes de protection sociale.

Concernant les migrants, l’accroissement du phénomène migratoire, du à de nombreux facteurs, est un constat, pas un combat. Quand certains pays accueillent des millions de réfugiés, comment notre pays pourrait-il reculer devant la perspective d’accueillir et d’intégrer quelques dizaines de milliers de ces victimes ? (…) La solidarité doit aussi s’exercer au niveau européen : l’Europe doit s’engager courageusement dans des politiques d’accueil. Elle doit, parallèlement, mettre en œuvre de véritables programmes de soutien dans les pays d’origine des migrations (…) C’est une véritable adhésion des peuples d’Europe au projet européen qu’il faut favoriser. Et cette adhésion suppose de respecter davantage le fait historique et culturel des nations qui composent le continent.

(…) Enfin, (…) nous avons une responsabilité commune envers l’humanité et les générations à venir sur le plan écologique. La sagesse nous invite à revoir urgemment nos modèles de consommation et à inventer un monde moins destructeur et plus juste.
Aujourd’hui, le risque principal serait de renoncer à lutter pour l’avenir et de céder à la tentation du fatalisme.

Notre foi chrétienne nous appelle à l’Espérance : les difficultés que nous rencontrons ne sont pas un appel au renoncement. Au contraire, elles nous invitent à investir toutes nos capacités pour construire une société plus juste, plus fraternelle dans ses diversités et plus respectueuse de chacun.


Mgr Olivier RIBADEAU DUMAS
Secrétaire général et Porte-parole (Publié le 23 avril 2017)
Texte complet : http://www.eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/438036-elections-presidentielles-leglise-redit-son-role-et-rappelle-ses-fondamentaux/


Reflets de l'Arc n°361

La bataille électorale bat son plein sur la terre de France et d’outre-mer tout au long de ce mois d’avril 2017. Les candidats nous feront-ils rêver ? Leurs promesses combleront-elles nos espoirs pour notre pays ? Je le souhaite et laisse à chacun le soin de juger, de discerner et de voter selon sa conscience. C’est un vrai travail, et voter est un devoir. Pourtant, même si les espoirs sont déçus, l’espérance demeure. L’espérance est ce qui tient lorsque les espoirs sont morts. Le mystère pascal que les chrétiens célèbrent en ce mois d’avril est la fête de l’espérance.
"Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance" écrivait Charles Péguy au seuil du siècle le plus noir de l’histoire du monde. Et il ajoute : "L’espérance est une petite fille de rien du tout… C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes". Cette petite fille grandit entre ses deux grandes sœurs la foi et la charité. La foi jaillit de l’âme comme un chant devant les merveilles ou comme un cri dans l’épreuve. La charité jaillit du cœur en portant le regard vers les détresses du prochain. Mais l’espérance ne va pas de soi, espérer est difficile, "la pente est de désespérer, ajoute le poète, et c’est la grande tentation". Voilà pourquoi l’espérance est un don de Dieu, une vertu « théologale », l’espérance est un cadeau, une divine grâce divine, et il nous faut la demander avec ferveur en ce temps de Pâques.
Le vendredi saint est une journée noire dans l’histoire, elle est la honte de l’humanité. Pensez donc, le seul innocent que la terre ait porté a été condamné à mort. C’est la pire erreur judiciaire de tous les temps. "Et nous qui espérions" diront Cléophas et son compagnon sur le chemin d’Emmaüs entre Jérusalem et Gaza. Les disciples de Jésus en étaient désespérés. L’espérance était morte. Et pourtant, ils feront le tour du monde pour témoigner de l’évènement le plus important de l’histoire de l’humanité : ce Jésus, condamné à mort, crucifié, enseveli, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. Nous en sommes encore aujourd’hui les témoins : la puissance de l’Amour est plus forte que toute mort.

La parole des chrétiens en ce monde est une parole d’espérance. Au sein de communautés aimantes et fraternelles, apprenons à devenir témoins joyeux de la rencontre de Jésus-Christ vivant, ressuscité. 

+ Christophe DUFOUR, Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

En mission !

Ensemble vers Pâques

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samedi 8 avril 2017

dimanche 9 avril 2017

"C'est votre mission : allez apporter l'espérance"

Avec les enfants, les jeunes, les adultes et les étudiants


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