Reflets de l'Arc n°318

"Ne laissez pas l'Esprit-Saint au chômage !"

Voici la fête de la Pentecôte, le cinquantième jour après Pâques. Elle est fêtée chez nos frères israélites pour qui est la fête du don de la Loi à Moïse au Sinaï. Pour les chrétiens, elle est la fête du don de l’Esprit. Mais qui est donc cet Esprit saint de Dieu en qui les chrétiens mettent leur foi ?

Je vous avoue avoir été marqué par le témoignage du pape Benoît XVI alors qu’il était encore le cardinal Joseph Ratzinger. C’était il y a 25 ans, précisément en 1989, le mur de Berlin tombait. Sans une bombe, sans un missile, sans même un coup de feu. Et le cardinal allemand interrogé à ce sujet répondait par ces simples mots : « Ce fut la victoire de l’Esprit ».

Chrétiens, nous croyons en la victoire de l’Esprit, en sa divine puissance d’amour, en sa douce force de paix, de réconciliation et de pardon. Cette puissance s’est manifestée dans la résurrection du Christ et sa force de guérison porte encore ses fruits aujourd’hui. On les appelle les fruits de l’Esprit ; ils sont « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (lettre de Paul aux Galates 5, 22-23).

Dans notre tradition chrétienne, le baptême et la confirmation sont les sacrements, les signes sacrés de ce don de l’Esprit du Christ Jésus. En cette fête de Pentecôte 2015, le samedi soir à la cathédrale d’Aix-en-Provence, m’est donnée la joie de confirmer 80 adultes qui m’ont écrit pour recevoir ce don de l’Esprit. Et je leur dirai ceci : « Ne laissez pas l’Esprit saint au chômage ». Oui, l’Esprit saint du Créateur ne demande qu’à travailler. Priez-le chaque jour, offrez-lui votre intelligence et votre cœur pour qu’il poursuive aujourd’hui son œuvre d’amour en notre humanité.

+ Christophe DUFOUR,
Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles - Pentecôte 2015

Reflets de l'Arc n°317

Voici la fête de l'Ascension !

 

Cette année, notre gouvernement a décidé que non seulement les élèves chômeraient ce jeudi mais qu'ils feraient aussi le grand pont jusqu'au lundi suivant. C'est vraiment faire grand honneur à cette fête. Non seulement un week middle, mais un long week-end !

Mais qui sait encore ce qu'est la fête de l'Ascension !

Quarante jours après Pâques, Jésus monte vers Dieu. Ses amis recueillent de lui cette ultime parole :
« Vous recevrez une force ». Et ils se souviennent de ce qu'il avait dit avant sa mort :
« Je prierai le Père, et il vous enverra l'Esprit Saint. »

En cette fête de l'Ascension, les chrétiens se souviennent de cette promesse du Christ et de la mission qu'ils ont reçue de lui : bâtir la civilisation de l'amour.

Chers amis, y'a du boulot !

Et nous avons bien besoin de la force de l'amour de Dieu pour répondre à la mission qui nous est confiée. Neuf jours après l'Ascension nous fêterons la Pentecôte. Le temps d'une neuvaine de prière pour demander l'Esprit Saint ! Si tous les chrétiens du monde priaient avec une vraie ferveur, un feu d'amour embraserait le monde.
« Dieu, fais de nous des artisans de la civilisation de l'amour. Au nom de Jésus, donne-nous ton Esprit. »

Je souhaite à tous une bonne fête de l'Ascension !

Message de Mgr Dufour pour le Fête de l'Ascension



Mgr Christophe Dufour a enregistré un message sous forme vidéo pour la fête de l’Ascension, accessible par le lien : http://goo.gl/Uow2Xo

Reflets de l'Arc n°316

Moyen-Orient, "En ne dénonçant pas ces cruautés, on fait le jeu de Daech"


Entretien avec Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient.
 

Faut-il dénoncer les nouvelles décapitations commises dimanche 19 avril par Daech en Libye ou les taire, au contraire, afin de ne pas risquer de créer des divisions religieuses ?

Mgr Pascal Gollnisch: Il faut parler des cruautés de Daech, sinon le grand public ne réalise pas les horreurs que ses hommes commettent. Que l’on ne montre pas à la télévision les vidéos sordides de décapitation, cela se comprend, mais il ne faut surtout pas taire à quel point cette organisation est cruelle. Sinon on fait son jeu. Tout retard pris le renforce.
Daech est en train d’étendre son champ d’action: après l’Irak, la Syrie, la Libye, il s’en prend maintenant à l’Éthiopie où les chrétiens – orthodoxes ou catholiques – sont majoritaires. C’est dans sa logique de s’en prendre à tous les chrétiens d’Orient. Les Éthiopiens, même s’ils sont en Afrique, en font partie.
 
Que peuvent faire les États occidentaux? 
 
Mgr P. G.: Je ne peux pas ne pas m’interroger sur l’apparente inaction de nos gouvernements…
Pourquoi le porte-avions Charles de Gaulle quitte-t-il le golfe Persique alors que les bombardements contre Daech en Irak sont loin d’être terminés ?
Pourquoi laisse-t-on cette organisation continuer de vendre du pétrole via la Turquie, alors qu’en août dernier des sanctions avaient été décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre de tous ceux qui l’aideraient à écouler clandestinement du pétrole ?
Enfin, selon moi, la question de l’envoi de troupes sur le terrain continue de se poser, en sachant qu’il n’y a pas que les armées américaine et française qui doivent être concernées. Il faut agir vite et fort pour stopper les atrocités quotidiennes de Daech – chaque jour, des femmes yézidies sont violées ou vendues sur le marché de Mossoul !

(Une interview accordée à La Croix, recueillie par Claire Lesegretain, 21/04/2015)

Reflets de l'Arc n°315

La mémoire et le pardon

 

C’était le 24 avril 1915. Depuis le début de la Première Guerre mondiale, le ton avait changé dans la presse d’Istanbul à l’égard des Arméniens, accusés régulièrement d’être des « ennemis de l’intérieur », de potentiels « traîtres à la patrie » ottomane en raison de leurs liens supposés avec les chrétiens de Russie, ennemie de l’Empire ottoman.

Puis le gouvernement des « Jeunes Turcs » décida d’exterminer les Arméniens. Commencèrent alors les déportations, et dans la nuit du 24 au 25 avril, plusieurs centaines d’Arméniens influents furent arrêtés et exécutés. Le martyre de ce peuple, qui devait faire 1,5 million de morts, ne faisait que commencer. D’autres chrétiens, assyriens, chaldéens et syriaques, furent eux aussi massacrés en 1915 aux confins de la Mésopotamie et du Caucase, par le même gouvernement turc. C’est ainsi que ces peuples sans alliés périrent dans l’indifférence la plus totale. Et ceux qui survécurent au premier génocide du XXe siècle durent ensuite endurer, et jusqu’à maintenant, le déni le plus insolent.

Il importe donc aujourd’hui de se souvenir, de sauver de l’oubli ceux que la haine a enfouis, d’honorer la mémoire pour rendre la dignité. Mais la mémoire du passé n’est que vaine commémoration si elle n’interpelle pas notre présent, si elle ne nous contraint pas à repérer quels engrenages d’aujourd’hui peuvent produire demain, si nous n’y prenons garde, les mêmes faits qu’hier. Il suffit d’aller visiter le Camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, pour prendre conscience des mécanismes individuels et collectifs qui conduisent des préjugés à la haine et de la haine au crime, mais aussi des sursauts qui peuvent faire passer de l’indifférence à la vigilance et à la résistance.

Nous qui « faisons mémoire » à chaque eucharistie et plus encore à chaque Pâque de ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, nous savons que la mémoire a besoin du pardon pour ouvrir à la vie. Le 12 avril, le pape François rendra certes hommage à la mémoire blessée du peuple arménien, mais il le fera précisément le 12 avril, dimanche de la Miséricorde, prélude au Jubilé déjà annoncé. Et le pape déclarera « docteur de l’Église » saint Grégoire de Narek, ce grand mystique arménien du Xe siècle qui, dans son Livre des prières, écrivait ces lignes qui nous rappellent que c’est en chacun de nous que se livre le combat :« Ô Christ, je n’ai pas d’autre roi qui règne sur moi que toi. Ô bonté ineffable, tu es toujours vaincu par la compassion, dominé par la miséricorde ; tu es contraint par ton amour, forcé par ta bonté, obligé par ta douceur. Tu me supplies de revenir à toi, et tu ne te lasses pas ; tu cours derrière moi qui suis obstiné, et tu ne t’arrêtes pas ; tu m’appelles, moi qui fais le sourd, et tu ne t’emportes pas ; tu t’inquiètes quand je me relâche, et tu ne cesses pas ! Avec moi, méchant, tu es bon ; avec moi, coupable, tu es indulgent ; avec moi, pécheur, tu es expiateur ; avec moi, ténèbres, tu es lumière ; avec moi qui suis mort, tu es Vie !

Que la miséricorde, ce baume du pardon sur les blessures de la mémoire, entretienne en nos cœurs la lumière de la Résurrection et la vigilante espérance de la Vie.

+ Jean-Marc Aveline,
Evêque auxiliaire de Marseille


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