Reflets de l'Arc n°316

Moyen-Orient, "En ne dénonçant pas ces cruautés, on fait le jeu de Daech"


Entretien avec Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient.
 

Faut-il dénoncer les nouvelles décapitations commises dimanche 19 avril par Daech en Libye ou les taire, au contraire, afin de ne pas risquer de créer des divisions religieuses ?

Mgr Pascal Gollnisch: Il faut parler des cruautés de Daech, sinon le grand public ne réalise pas les horreurs que ses hommes commettent. Que l’on ne montre pas à la télévision les vidéos sordides de décapitation, cela se comprend, mais il ne faut surtout pas taire à quel point cette organisation est cruelle. Sinon on fait son jeu. Tout retard pris le renforce.
Daech est en train d’étendre son champ d’action: après l’Irak, la Syrie, la Libye, il s’en prend maintenant à l’Éthiopie où les chrétiens – orthodoxes ou catholiques – sont majoritaires. C’est dans sa logique de s’en prendre à tous les chrétiens d’Orient. Les Éthiopiens, même s’ils sont en Afrique, en font partie.
 
Que peuvent faire les États occidentaux? 
 
Mgr P. G.: Je ne peux pas ne pas m’interroger sur l’apparente inaction de nos gouvernements…
Pourquoi le porte-avions Charles de Gaulle quitte-t-il le golfe Persique alors que les bombardements contre Daech en Irak sont loin d’être terminés ?
Pourquoi laisse-t-on cette organisation continuer de vendre du pétrole via la Turquie, alors qu’en août dernier des sanctions avaient été décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU à l’encontre de tous ceux qui l’aideraient à écouler clandestinement du pétrole ?
Enfin, selon moi, la question de l’envoi de troupes sur le terrain continue de se poser, en sachant qu’il n’y a pas que les armées américaine et française qui doivent être concernées. Il faut agir vite et fort pour stopper les atrocités quotidiennes de Daech – chaque jour, des femmes yézidies sont violées ou vendues sur le marché de Mossoul !

(Une interview accordée à La Croix, recueillie par Claire Lesegretain, 21/04/2015)

Reflets de l'Arc n°315

La mémoire et le pardon

 

C’était le 24 avril 1915. Depuis le début de la Première Guerre mondiale, le ton avait changé dans la presse d’Istanbul à l’égard des Arméniens, accusés régulièrement d’être des « ennemis de l’intérieur », de potentiels « traîtres à la patrie » ottomane en raison de leurs liens supposés avec les chrétiens de Russie, ennemie de l’Empire ottoman.

Puis le gouvernement des « Jeunes Turcs » décida d’exterminer les Arméniens. Commencèrent alors les déportations, et dans la nuit du 24 au 25 avril, plusieurs centaines d’Arméniens influents furent arrêtés et exécutés. Le martyre de ce peuple, qui devait faire 1,5 million de morts, ne faisait que commencer. D’autres chrétiens, assyriens, chaldéens et syriaques, furent eux aussi massacrés en 1915 aux confins de la Mésopotamie et du Caucase, par le même gouvernement turc. C’est ainsi que ces peuples sans alliés périrent dans l’indifférence la plus totale. Et ceux qui survécurent au premier génocide du XXe siècle durent ensuite endurer, et jusqu’à maintenant, le déni le plus insolent.

Il importe donc aujourd’hui de se souvenir, de sauver de l’oubli ceux que la haine a enfouis, d’honorer la mémoire pour rendre la dignité. Mais la mémoire du passé n’est que vaine commémoration si elle n’interpelle pas notre présent, si elle ne nous contraint pas à repérer quels engrenages d’aujourd’hui peuvent produire demain, si nous n’y prenons garde, les mêmes faits qu’hier. Il suffit d’aller visiter le Camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, pour prendre conscience des mécanismes individuels et collectifs qui conduisent des préjugés à la haine et de la haine au crime, mais aussi des sursauts qui peuvent faire passer de l’indifférence à la vigilance et à la résistance.

Nous qui « faisons mémoire » à chaque eucharistie et plus encore à chaque Pâque de ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, nous savons que la mémoire a besoin du pardon pour ouvrir à la vie. Le 12 avril, le pape François rendra certes hommage à la mémoire blessée du peuple arménien, mais il le fera précisément le 12 avril, dimanche de la Miséricorde, prélude au Jubilé déjà annoncé. Et le pape déclarera « docteur de l’Église » saint Grégoire de Narek, ce grand mystique arménien du Xe siècle qui, dans son Livre des prières, écrivait ces lignes qui nous rappellent que c’est en chacun de nous que se livre le combat :« Ô Christ, je n’ai pas d’autre roi qui règne sur moi que toi. Ô bonté ineffable, tu es toujours vaincu par la compassion, dominé par la miséricorde ; tu es contraint par ton amour, forcé par ta bonté, obligé par ta douceur. Tu me supplies de revenir à toi, et tu ne te lasses pas ; tu cours derrière moi qui suis obstiné, et tu ne t’arrêtes pas ; tu m’appelles, moi qui fais le sourd, et tu ne t’emportes pas ; tu t’inquiètes quand je me relâche, et tu ne cesses pas ! Avec moi, méchant, tu es bon ; avec moi, coupable, tu es indulgent ; avec moi, pécheur, tu es expiateur ; avec moi, ténèbres, tu es lumière ; avec moi qui suis mort, tu es Vie !

Que la miséricorde, ce baume du pardon sur les blessures de la mémoire, entretienne en nos cœurs la lumière de la Résurrection et la vigilante espérance de la Vie.

+ Jean-Marc Aveline,
Evêque auxiliaire de Marseille


Vigile Pascale

Voici quelques photos de la Vigile Pascale où nous avons célébré quatre baptêmes dans le tout nouveau baptistère de Notre-Dame de l'Arc !

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